lundi 26 novembre 2012

Torture




Cette réalité
Crucifiée
Mes paumes aveugles
Hérissées de clous
Ne savent que papier de verre
Phalanges démantibulées
J’avais
Le cœur sur ta main
Que tu m’as arrachée
Dessous tes gants
De mots
D’amour
Ponce Pilate
Tu as tout lavé
Il me reste
Le rosaire
Le cilice
Le fouet
L’affront

mardi 20 novembre 2012

Prince crapaud




Prince crapaud, qu’es-tu donc devenu ?

Longue flaque de vase
Où tu t’étiolais
Chantant des poèmes à mourir
Sous des nénuphars pourrissants
Prince crapaud qui ne faisais pas partie du troupeau
Prince crapaud qui n’étais pas du chœur des baveux
Je t’embrassais
Dans chaque recoin du marais
Tu embellissais
Paillettes d’or dans tes yeux agrandis
Tu devenais souverain
Tu chantais mieux
Mais tu chantais pour d’autres
Tu m’as faite reine déchue
Tes refrains sentent la vase
Tes mots roseaux sont flèches noyées
Dans mes étangs putréfiés
Ton chant sonne faux à mes oreilles

Prince crapaud, qu’es-tu donc devenu ?

samedi 17 novembre 2012

Voration



Je me suis laissé manger
Toute crue
Par les velours acérés
De ton cœur-droséra

dimanche 11 novembre 2012

Vigie lasse



Ma sentinelle grimaçante
Mémoire de schiste et d’os
Ton armure transperce mes innocences
Chaque jour m’abolit
Tant d’images vaporisées
Sur nos hébétudes
Dans mes cauchemars trop carnés
Dont les odeurs vomissent
Dont le relief bleuit
Ton regard caresse mes incertitudes
Et tu m’entraînes dans l’oubli
Le chevalier figé
Jauge mes restes
Vague poussière de quartz
Paillettes intermittentes
Dans tes nuits sous un autre ciel

lundi 5 novembre 2012

Poignée



Tu écris à contretemps
Un instant de ma vie
Entre les lignes de ta main
Que tombent les feuilles
De l’expérience de leur ennui
Ta présence
Dépasse ton absence
En élans inachevés

dimanche 28 octobre 2012

Parchemin




Ce papier mort
Que je serre dans ma main
Avion écrasé
Où tu avais écrit

ALBATROS

Un jour où nos regards
Se croisaient là-bas
Bien au-dessus de leurs têtes

mardi 16 octobre 2012

Cénotaphe amoureux



Nous nous embrassions dans ce rêve
Un crabe fou courait entre nos langues
Tous mes bras t’enserraient
Par chaque orifice bullait l’écume
Un hippocampe au rictus figé
Autour de nos doigts incrusté
S’effritait
Des berniques en deuil tricotaient mon suaire
Gris sable sous ta peau comme scabreux cilice
Les cheveux épandus des méduses en procession
Un goéland grinçait un millième requiem
Mais nous nous embrassions dans ce rêve
Le bleu de tes entrailles était calamar fou
Dans mes fluides de nacre
Mes orbites nues hurlaient mon amour abyssal
Au long de nos plages sanctuaires
Et les algues croisées recouvraient nos dépouilles